Ce Tour Alsace a mis en lumière une nouvelle génération de coureurs qui n'a peur de rien. A la tête de son équipe, à Brest, l'ancien directeur sportif de Haguenau, Yvon Caer porte une analyse très encourageante sur l'avenir du cyclisme.
« Cette génération me plaît, ces jeunes sont plus lucides, ouverts, très motivés et plus faciles à vivre. » Depuis ses douze ans, à l'âge où il débarquait dans le monde des deux-roues, Yvon Caer a vu passer plusieurs cycles de coureurs. Beaucoup ne furent ni très beaux ni très fréquentables, la jeunesse actuelle lui redonne espoir et une grosse envie de s'investir quelques saisons encore.
«Notre sport a traversé des tumultes on profite d'un bon élan »
Autrefois à Haguenau, aujourd'hui à Brest, le directeur sportif garde l'oeil avisé, son analyse fait plaisir. « A travers ma carrière, j'observe une évolution. Notre sport a traversé des tumultes, on profite d'un bon élan. A nous d'apporter à ces jeunes une vraie connaissance du vélo. Le père d'un coureur, ancien "pro", est venu me voir, m'a confié son fils: "Sans produits je ne sais pas faire." »
La prise de conscience touche donc aussi les anciens. « Depuis cinq ou six ans, cela évolue. Avec notre équipe, on a connu cette saison une visibilité d'un monde professionnel plus sain. Je sens que la gangrène est en train de s'effacer au profit d'un bien meilleur état d'esprit. Mes gars courent en Coupe de France, ils ont pu voir Voeckler grimper la côte de Plumelec sur un petit plateau... »
L'exemple venu d'en haut, à l'étage des « pros », a meilleure mine. Le jeunot qui s'y aventure n'en ressort pas dégoûté par le « métier ». « En France le milieu est plus sain, on voit des coureurs la gueule ouverte et fatigués. Il y a quelques années, j'étais sûr que seule une minorité ne prenait rien, aujourd'hui je suis convaincu que la majorité des professionnels français sont propres. »
Dans sa Bretagne, il en côtoie souvent. « On a la chance d'avoir des gars comme Sébastien Hinault, accessibles et ayant les pieds sur terre. Un Le Lay, on a couru avec lui, on l'a ensuite vu sur le Tour de France. Pour de jeunes coureurs, c'est une bonne chose, ils voient que le haut niveau n'appartient pas à un autre monde. » Par contre, cette génération désacralise le champion.
« L'homme du Tour n'est plus sur un piédestal. Un Armstrong ne les fait pas rêver. Ce qu'ils retiennent, c'est plus le look, le matériel... Nos repères sont plus proches, il s'agit de Yoann Le Boulanger - « pro » à la Française des Jeux. » Ce coureur leur ressemble, il est jeune, ambitieux et il a suivi des études. « Chez moi, cela va de Bac plus deux au master (+4). »
« Ce sport reste compliqué ils n'y jouent plus leur vie »
La vocation cycliste n'est plus leur unique horizon. En cas d'échec dans une voie semée de tant d'embûches, cette génération est couverte par des diplômes. « Ce sont des hyper passionnés, mais ils envisagent l'avenir à court terme, sur six mois. S'ils ne percent pas, ils arrêtent très vite. A 25 ans, c'est fini et on ne les revoit plus. Ce sport reste compliqué, ils n'y jouent plus leur vie. »
Le dopage n'est plus un obstacle à la réussite, il n'est plus semble-t-il un passage obligé vers le haut niveau. « En Bretagne, chez les amateurs, le grand nettoyage a été effectué avec l'arrivée de cette nouvelle génération. Il ne doit rester que deux ou trois cas isolés. Mes jeunes sont très lucides sur ce qu'il se passe, s'ils deviennent "pros" ils sauront où ils mettent les pieds. »
Serge Bastide - Article paru dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace du 04/08/2008